méditation proposée par irène collaud
Méditations

Puissent nos mains
Sarah Dell’Ava
Tiré du Recueil « à mains nues », Ed. du Fil écarlate, 2021
Puissent nos mains et nos cœurs
Demeurer ouverts
Puissent nos mains et nos cœurs
Laisser la beauté s’y déposer
Parfois y faire son nid
Sans empoigner, ni retenir ou posséder
Puissent nos mains et nos cœurs
Être réceptacles
Puisse l‘offrande de chaque jour
S’y imprimer
S’y imprégner
Et faire place au jour suivant
Puisse le silence de la nature, de l’artisanat,
Des petites choses – celles qui tiennent dans la paume
Se lover dans nos cœurs
Sans nous appartenir
Puissent nos cœurs et nos mains
Demeurer en soif, en désir, en appel
De vie.

La danse du silence
Beatrice Renz (1956-2018), ex-patineuse artistique atteinte d’une sclérose en plaque

Mon âme a un chapeau
Mario de Andrade (San Paolo 1893-1945) Poète, romancier, essayiste et musicologue

De la terre au visage
Frédy Thévoz, issu de la revue "Itinéraires" n° 126
Après de longues années de séchage, le luthier patient et le guitarier en amour de ce bois au son fidèle perpétuent l'art de Guarneri et Stradivarius. Des fibres ligneuses, issues du sol et des bois du Risoux, ils vont créer des tables d'harmonie. Nous y sommes, une vie, à la fois autre et proche, commence pour l'épicéa de résonance. Et quelle vie ! D'harmonie, de musique et de vibrations, intimes, chaudes et rondes pour nous parler un langage universel, celui du Vivant.
Tout est en place, la forêt vitale contient déjà les harmonies et leurs mélodies, de ses racines profondes jusqu'au Ciel, la poésie devient instrument de l'invisible sève d'hiver. Dans "une rosée de lumière", d'étranges bourgeons vont éclore aux branches mortes de nos existences. A l'image de l'épicéa, commence alors une Vie nouvelle, plus vraie que le réel..

Le tissu de chaque jour
Jean Vernette et Claire Moncelon, issu des Paraboles du bonheur
un tissu dont je ne sais pas ce qu’il sera
mais qui, autour de nous peu à peu,
se tisse sans modèle ni dessin savant.
Dans ce tissu, je peux être un fil, un trait de couleur…
bleu profond ? rouge éclatant ? ou bien le fil de lin gris.
Cette troisième couleur, au dire des tisserands, est la plus
importante, le gris neutre de tous les jours,
celui qui fait chanter le bleu profond et le rouge éclatant ;
celui qui est porteur d’harmonie.
N’avoir que ma propre couleur, et de cela me réjouir,
pour qu’elle apporte la joie et non la rivalité,
comme si moi, bleu, j’étais l’ennemi du vert.
Il y a une place pour tous.
Un fil vient à se rompre : aussitôt le travail s’arrête, et les
mais patientes de tous les tisserands s’appliquent à le renouer.
Chaque fil, même le plus lumineux, peut disparaître, tissé sous
les autres. Il est cependant là, non loin, même si notre œil ne le
perçoit plus…
Maintenant c’est au tour du mien d’être lancé à travers la
chaîne. Quand son trait aura cessé d’être visible,
alors toute l’harmonie apparaîtra.
Et le bonheur adviendra.

La vie est belle
de plus en plus forte chez moi
ces derniers temps:
dans mes actions
et mes sensations quotidiennes
les plus infimes
se glisse un soupçon d'éternité.
malade, triste ou angoissée;
je le suis à l'unisson
de millions d'autres
à travers les siècles,
tout cela c'est la vie;
la vie est belle
et pleine de sens dans son absurdité,
pour peu que l'on sache y ménager
une place pour tout
et la porter toute entière en soi
dans son unité;
alors la vie,
d'une manière ou d'une autre,
forme un ensemble parfait.
ou veut éliminer certains éléments,
dès que l'on suit son bon plaisir
et son caprice pour admettre
tel aspect de la vie
et en rejeter tel autre,
alors la vie devient en effet absurde;
dès lors que l'ensemble est perdu,
tout devient arbitraire."

Ils sont toujours vivants
Ceux que j’ai aimés, ma famille, mes camarades, mes enfants,
Demeurent vivants en moi.
Ils guident encore mes pas.
Il faut continuer de creuser le sillon : droit et profond.
Comme ils l’auraient fait eux-mêmes.
Comme on l’aurait fait avec eux, pour eux.
Être fidèle à ceux qui sont morts,
C’est vivre comme ils auraient vécu, c’est les faire vivre en nous,
C’est transmettre leur visage, leur voix, leur message aux autres.
Ainsi la vie des disparus germe sans fin.
Je ne sais pas si je dois me dire croyant.
Je ne puis dire : je crois en Dieu.
Je ne puis dire non plus : je crois…
Ce que je sais seulement,
C’est que la mort ne détruit pas l’amour que l'on portait
A ceux qui ne sont plus…
Je le sais parce que tous les jours je vis avec les miens…
Ce que je sais aussi, c’est que la vie doit avoir un sens.
Ce que je sais encore, c’est que l’amour est la clé de l’existence.
Ce que je sais enfin, c’est que l’amour, le bien, la fidélité et l’espoir
Triomphent finalement toujours du mal, de la mort et de la barbarie.

Partir
Dès l'instant où j'ai pu m'arracher à moi-même,
cette décision de partir, mon départ a déjà eu lieu.
Le plus dur n'est pas de partir, mais de le vouloir.
Toutes les raisons sont bonnes
pour ne pas partir :
le coeur a ses habitudes, l'âme ses tranquillités,
le corps ses fatigues, les yeux leur horizon
et le visage son cercle.
Il n'existe donc pas de départ sans séparation.
Le départ est donc toujours un acte créateur.
Il rend possible. Il ouvre un espace.
Accepter de partir, c'est accepter qu'il soit un avenir,
c'est reconnaître que tout n'a pas été dit.
C'est affirmer que notre monde
n'est pas notre prison,
et que notre temps n'est pas sans issue.

